Sur une route aride, au milieu de nulle part, en Algérie, un cortège de voitures
officielles, grosses berlines noires, fonce à toute allure. Sur le capot de la voiture de tête du cortège, une couronne de fleurs multicolores formant l'inscription « love for ever ».
Car au village, c'est jour de mariage et pour cette occasion, on a loué les voitures du « colonel ». De mariage il ne saurait en être question pour Rym, au grand désespoir de son frère
Mounir et de sa belle-soeur, chez qui elle vit. Rym est en effet atteinte d'une maladie du sommeil qui fait qu'elle s'endort n'importe où, dans n'importe quelle situation. Qui voudrait d'elle, se
demandent avec mépris les femmes du village qui en font leurs gorges chaudes. Blessé dans son amour propre, Mounir va défier l'ensemble du village en criant sur les toits à la nuit tombée que sa
soeur est fiancée à un riche étranger qui est tombé amoureux d'elle. Sauf que cet étranger n'existe que dans son imagination. Pourtant le village tout entier va se mettre à croire à son
existence. D'autant plus que Rym, contre l'avis de sa belle-soeur qui voudrait mettre un terme à cette histoire, va accréditer le mensonge inventé par son frère. Rym en effet a un secret. Elle
est amoureuse de Khliffa, le meilleur ami de son frère, un doux rêveur, lui aussi, qui a entrepris d'ouvrir une boutique de location de films. En entrant dans le jeu de son frère, Rym va obliger
Khliffa à révéler à son meilleur ami les sentiments qu'il a pour elle. Mais entre temps le mensonge aura atteint le village tout entier qui va se mettre à vivre au rythme de ce mystérieux fiancé,
venu de l'étranger, que personne n'a vu mais que tout le monde prétend connaître. Et Mounir, ce simple jardinier qui se voudrait « ingénieur horticole », devient, en tant que futur
beau-frère de cet éminent personnage, une personnalité recherchée et convoitée.
C'est une comédie particulièrement réussie que ce Mascarades. Certains articles critiques évoquent le nom de Kusturica et c'est effectivement au Kusturica du Temps des gitans que l'on pense immédiatement en voyant l'oeuvre de Lyes Salem. Le film arrive toujours à maintenir l'équilibre fragile entre la satire sociale et la fantaisie burlesque sans que l'une ne prenne le pas sur l'autre. On pense également, et dans le même ordre d'idée, au Bourgeois gentilhomme de Molière. Il y a en effet dans le personnage de Mounir quelque chose d'un Monsieur Jourdain qui mettrait lui-même en scène la cérémonie du Mamamouchi. Ce film possède un côté intemporel qui le rapprocherait du conte ou de la fable. Et pourtant il s'agit bien d'un film d'aujourd'hui, décrivant une réalité sociale sinon réelle du moins réaliste. Certes il serait tentant de voir dans le personnage de Rym, une allégorie de l'Algérie, belle endormie promise aux riches étrangers qui la délaissent et dans celui de Khliffa, l'image du peuple algérien qui n'ose convoler en justes noces avec la belle. Mais la force de ce film est précisément de ne rien imposer et de laisser libre champ à l'imagination et à l'interprétation de ses spectateurs.
La bande annonce
Laissez moi vous parler d'une chanteuse que
certains d'entre vous ont peut-être aperçue sur Arte qui lui a visiblement consacré un sujet. Il s'agit de Johanna Zeul, chanteuse pop-rock allemande qui n'est visiblement pas encore diffusée de
ce côté-ci du Rhin et c'est bien dommage. C'est bien dommage, car contrairement aux grosses machines teutonnes plus ou moins fabriquées que sont Tokio hôtel ou Lafee, il s'agit là d'une chanteuse
artisanale et authentique.
Giganti est un film d'une beauté aérienne,
tout en pudeur et en retenue sur une réalité dont le nom ne sera jamais prononcé une seule fois : la maffia. L'histoire se passe durant la préparation de la fête des géants. La caméra suit
Pietro, un adolescent de Calabre qui se prend d'affection pour une fille à la poitrine plate que les autres garçons rejettent. Parallèlement, son père cherche à fuir alors que sa grand-mère
voudrait rester. Dans cet univers clos où la pression du groupe empêche les individus d'être eux-mêmes, le seul espace de liberté est la mer qui s'étend à perte de vue sans arrêter le regard. La
beauté des images est sublimée par une musique toute en délicatesse, qui évoque à la fois Yann Tiersen et Hans Otte.
I love Sarah Kane est un
film d'un genre bien connu : le film de zombies. Au milieu d'une rue de banlieue pavillonnaire jonchée de débris et de cadavres, dans un décor post-apocallyptique, un jeune garçon roule à vélo.
Il s'en va retrouver un groupe d'enfants et d'adolescents armés d'arcs et de flèches qui ont capturé un zombie et s'amusent avec. La situation dans laquelle se trouve la ville, tous les adultes
sont morts ou transformés en zombies, a transformé leur univers en vaste terrain de jeu. Seule une jeune fille boudeuse qui demande à ce qu'on la laisse tranquille refuse de participer à ces jeux
guerriers et quelque peu puérils. Le film restitue plutôt bien un univers d'adolescents retournés à l'état sauvage assez proche du livre de Golding, Sa majesté des mouches. Reste
l'apparition insolite dans cet univers de cette jeune fille dont on pressent qu'elle n'est pas une pas une simple présence passive. Et de fait, le film développera cette potentialité jusqu'à une
scène finale teintée d'humour noir. Le générique prendra la peine de préciser qu'aucun zombie n'a été maltraité lors du tournage. Nous voilà rassurés!
étranges qui faisaient participer le lecteur à la construction du récit. Les règles sont d'une simplicité extrême et les combats sont relativement
faciles à gagner d'autant plus que vos points augmentent au fur et à mesure de votre avancée dans l'histoire. Les chances de mourir avant la conclusion sont minimes. L'aspect retenu par Chloé
Delaume de la série Buffy est particulièrement sombre : dès le commencement, le lecteur reconnaîtra une allusion directe à un épisode de la saison six, normal again (traduit assez
bizarrement en français par à la dérive). Dans cet épisode, Buffy, blessée par un démon, se réveille dans une chambre d'hôpital où un psychiatre lui apprend que tout l'univers qui
gravite autour d'elle, son statut d'élue devant sauver le monde, ses amis, sa soeur, tout cela n'est que le produit de son imagination, une sorte de délire psychotique qui l'empêche d'accéder à
la réalité. Dans cet effet assez troublant de fantastique inversé, le téléspectateur se prend à douter de la réalité – fût-elle fictionnelle – de l'univers de l'héroïne. Buffy ne serait qu'une
représentante anonyme de ce que Chloé Delaume appelle « le peuple des pyjamas bleus ». Et c'est en représentante de ce même « peuple » que le lecteur entreprend sa quête. Pour
ce qui est du message profond véhiculé par cette oeuvre, j'ai du mal à le saisir : serait-ce que la littérature contemporaine repose sur le néant ? Cela fait le deuxième livre de Chloé Delaume
que je lis, et j'en retire comme la fois précédente la désagréable impression d'avoir acheté une boîte de puzzle dont il manquerait des pièces.
Autant le dire tout de suite, sur un excellent sujet, Christian Salmon a réussi à faire un assez mauvais livre. L'idée principal de l'auteur tient en une ligne : Les entreprises et les hommes politiques, plutôt que de nous livrer des données objectives, passent leur temps à nous raconter des histoires. Serait-ce présomptueux d'affirmer que nous nous en doutions un peu et que nous n'avons pas attendu Christian Salmon pour nous en apercevoir ? Voulant dénoncer ce qu'il considère – probablement à juste titre – comme une imposture et une prise en otage des consciences, le livre Storytelling se décompose en sept chapitres, dont quatre sont consacrés au monde de l'entreprise (où Nike, Enron, les call centers indiens sont évoqués) et trois au monde de la politique et de la stratégie militaire (où l'on convoque les figures de Reagan, Clinton et Bush junior). Un fait s'impose à la lecture : Christian Salmon ne sait pas (ou ne veut pas ?) raconter une histoire. Il accumule les faits, les noms, les commentaires, sans souci de cohérence chronologique ou narrative, se répétant parfois, de façon un peu brouillonne, comme un auteur incapable de gérer ses effets dramatiques.