Dimanche 11 janvier 2009 7 11 /01 /Jan /2009 18:30

Sur une route aride, au milieu de nulle part, en Algérie, un cortège de voitures officielles, grosses berlines noires, fonce à toute allure. Sur le capot de la voiture de tête du cortège, une couronne de fleurs multicolores formant l'inscription « love for ever ». Car au village, c'est jour de mariage et pour cette occasion, on a loué les voitures du « colonel ». De mariage il ne saurait en être question pour Rym, au grand désespoir de son frère Mounir et de sa belle-soeur, chez qui elle vit. Rym est en effet atteinte d'une maladie du sommeil qui fait qu'elle s'endort n'importe où, dans n'importe quelle situation. Qui voudrait d'elle, se demandent avec mépris les femmes du village qui en font leurs gorges chaudes. Blessé dans son amour propre, Mounir va défier l'ensemble du village en criant sur les toits à la nuit tombée que sa soeur est fiancée à un riche étranger qui est tombé amoureux d'elle. Sauf que cet étranger n'existe que dans son imagination. Pourtant le village tout entier va se mettre à croire à son existence. D'autant plus que Rym, contre l'avis de sa belle-soeur qui voudrait mettre un terme à cette histoire, va accréditer le mensonge inventé par son frère. Rym en effet a un secret. Elle est amoureuse de Khliffa, le meilleur ami de son frère, un doux rêveur, lui aussi, qui a entrepris d'ouvrir une boutique de location de films. En entrant dans le jeu de son frère, Rym va obliger Khliffa à révéler à son meilleur ami les sentiments qu'il a pour elle. Mais entre temps le mensonge aura atteint le village tout entier qui va se mettre à vivre au rythme de ce mystérieux fiancé, venu de l'étranger, que personne n'a vu mais que tout le monde prétend connaître. Et Mounir, ce simple jardinier qui se voudrait « ingénieur horticole », devient, en tant que futur beau-frère de cet éminent personnage, une personnalité recherchée et convoitée.


C'est une comédie particulièrement réussie que ce Mascarades. Certains articles critiques évoquent le nom de Kusturica et c'est effectivement au Kusturica du Temps des gitans que l'on pense immédiatement en voyant l'oeuvre de Lyes Salem. Le film arrive toujours à maintenir l'équilibre fragile entre la satire sociale et la fantaisie burlesque sans que l'une ne prenne le pas sur l'autre. On pense également, et dans le même ordre d'idée, au Bourgeois gentilhomme de Molière. Il y a en effet dans le personnage de Mounir quelque chose d'un Monsieur Jourdain qui mettrait lui-même en scène la cérémonie du Mamamouchi. Ce film possède un côté intemporel qui le rapprocherait du conte ou de la fable. Et pourtant il s'agit bien d'un film d'aujourd'hui, décrivant une réalité sociale sinon réelle du moins réaliste. Certes il serait tentant de voir dans le personnage de Rym, une allégorie de l'Algérie, belle endormie promise aux riches étrangers qui la délaissent et dans celui de Khliffa, l'image du peuple algérien qui n'ose convoler en justes noces avec la belle. Mais la force de ce film est précisément de ne rien imposer et de laisser libre champ à l'imagination et à l'interprétation de ses spectateurs. 



La bande annonce
Par Petrus - Publié dans : cinéma
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