musique et chanson

Mercredi 10 septembre 2008 3 10 /09 /Sep /2008 10:31

Laissez moi vous parler d'une chanteuse que certains d'entre vous ont peut-être aperçue sur Arte qui lui a visiblement consacré un sujet. Il s'agit de Johanna Zeul, chanteuse pop-rock allemande qui n'est visiblement pas encore diffusée de ce côté-ci du Rhin et c'est bien dommage. C'est bien dommage, car contrairement aux grosses machines teutonnes plus ou moins fabriquées que sont Tokio hôtel ou Lafee, il s'agit là d'une chanteuse artisanale et authentique.

On doit le reconnaître : tant de fraîcheur dans une langue où les brumes wagnériennes sont habituellement de mise fait un bien fou et démontre avec brio que l'allemand peut se révéler une langue légère et aérienne. La pochette de l'album donne le ton : il y a un côté bande dessinée et cartoon dans la musique et le chant de Johanna Zeul. Sa façon de faire sonner les mots et son utilisation des onomatopées pourrait faire penser aux recherches musicales de ses illustres consoeurs Björk et Camille. Et de fait, il y a chez elle un côté lutin mutin qui ferait d'elle une Björk qui ne se prendrait pas (encore ?) au sérieux. Je ne l'ai malheureusement pas vue en concert (et il y a peu de chances pour que je la voie, puisqu'elle semble pour l'instant se cantonner à la scène allemande), mais il semblerait bien que la demoiselle soit une bête de scène et il y a effectivement un côté animal chez elle, moins le « raubtier » (prédateur) qu'elle déplore ne plus être, qu'un chat qui peut se révéler tour à tour caressant, tout fou et sautant partout ou tout simplement boudeur. Ce qui touche dans cette musique et dans ces textes, c'est l'apparente spontanéité, l'absence de calcul, et l'énergie qui se dégage de l'ensemble. Johanna Zeul est une fille prête à tomber amoureuse d'un inconnu parce qu'il lui sourit comme dans « hey Fremder », dans « nur bei dir » elle s'imagine que son prince va l'emporter sur son cheval comme dans un conte, ou alors, dans « ich will was neues », elle s'enthousiasme pour un nouveau portable même si cela doit mettre son compte en banque à sec. Parfois cependant, la tonalité est plus sombre : dans « schlaf ohne traum », la belle n'arrive pas à dormir car son ami l'a quittée et elle se demande si elle restera seule à jamais, dans « hund », elle supplie au contraire son amoureux de la chasser pour qu'elle puisse enfin se retrouver elle-même.

« Du wirst mich nicht vergessen » chante-t-elle dans une de ses chansons, c'est sûr, si elle continue à nous enchanter avec ses mélodies pleines d'énergie et de spontanéité, on ne l'oubliera pas...

Pour un aperçu du talent de la demoiselle, on consultera son site (encore en construction) ou sa page myspace.
 

Par Petrus - Publié dans : musique et chanson
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Jeudi 7 juin 2007 4 07 /06 /Juin /2007 14:56

Il y a dix-huit ans IAM sortaient leur première démo. Dix-huit ans, l'âge de la majorité... Cela ne nous rajeunit pas. Pourtant, ce cinquième album nous apprend qu'il faut toujours compter avec les papys du rap et que la place est toujours occupée. En dix-huit ans les doyens du rap français ont acquis une maîtrise formelle incontestable, autant au point de vue musical qu'en ce qui concerne les paroles. La maîtrise vocale est également impressionnante, les voix ayant un véritable rôle dans l'agencement sonore de chacun des dix-sept morceaux de cet album (le style sec et efficace de "ça vient de la rue" est à cet égard exemplaire). Les thèmes sont un peu attendus : réglements de compte avec les représentants du « rap de droite » sur le mode de la prétérition (« WW », « rap de droite », « Sur les remparts », « coupe le cake »), revendications sociales concernant la place des minorités ethniques dans la société (« offishall », « rien de personnel »,et la reprise d'un célèbre slogan de Benetton appliqué au drapeau français, « united »), analyse ou chronique sociale (« to the world », « il en faut peu », « Au quartier »). Néanmoins l'album s'écoute avec un plaisir renouvelé, comme l'aboutissement d'un art qui n'en est plus à son coup d'essai. Mes deux coups de coeur sont une chanson teintée d'une douce mélancolie, « Nos heures de gloire », et « si tu m'aimais », qui sur le mode d'une chanson d'amour nous parle avec une réelle émotion de l'immigration désirée (plutôt que choisie). En bref, cette saison cinq nous confirme dans l'idée que le rap, au même titre que le rock dans les années 60 et 70, est l'expression musicale majeure de ce début de millénaire.

Les clips de cet album sont visibles sur le site d'Iam : www.iam.tm.fr/

Par Petrus - Publié dans : musique et chanson
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Mercredi 7 février 2007 3 07 /02 /Fév /2007 14:43

Cela faisait dix ans que Loreena Mc Kennit n'avait pas sorti d'albums studio. Dix ans que nous attendions cet événement avec angoisse et impatience. La muse canadienne avait-elle définitivement renoncé à sa carrière musicale ? Aussi est-ce avec la plus grande impatience et la plus grande fébrilité que nous apprîmes la sortie de an ancient muse, son nouveau Cd. Enfin elle nous était revenue! Son long silence, probablement, était le fruit d'une intense méditation qui l'avait amenée lors de nombreux voyages initiatiques à capturer l'essence même de la musique. Probablement était-elle parvenue au seuil de l'illumination, à recomposer cette mystérieuse musique des sphères dont nous parlaient les Anciens...

Hélas! Que dire ? Si cet album avait été d'une autre, on aurait pu dire qu'il était fort agréable à écouter, que les arrangements étaient bien conçus, les couleurs musicales particuliérement évocatrices. Mais on juge un artiste par rapport à lui-même et selon ce critère-là force est de constater que cet album est largement en-dessous de ce que l'on était en droit d'attendre d'une artiste telle que Loreena Mc Kennit, surtout après une aussi longue absence.

Après deux albums consacrés à la musique anglo-irlandaise, Loreena Mc Kennit avait ouvert ses influences vers d'autres horizons. Chaque album, en reprenant l'univers musical propre à l'artiste, était  marqué d'une empreinte particulière. The mask and the mirror était ainsi sous le signe de l'Espagne arabo-andalouse et du Maroc, the book of secrets sous celui de l'Italie médiévale et du Caucase. De la même manière, An ancient muse est  placé sous l'influence de la Grèce et de la Turquie. Mais alors que son précédent opus, the book of secrets, tout en gardant la même coloration sonore que les albums antérieurs gagnait en intensité et en expressivité (les auditeurs de cet album se souviennent forcément de l'incroyable intensité dramatique développée dans « the highwayman »), An ancient muse donne le sentiment que l'artiste se répète. C'est particulièrement flagrant pour des morceaux comme « Penelope's song », « beneath a phrygian sky » ou « The never ending road » que l'on a l'impression d'avoir déjà entendus sur The mask and mirror. Quant à l'inspiration venue d'ailleurs, celle de la musique sépharade pour Sacred shabatt entre autres, on préférera l'original à la copie en écoutant par exemple le double album Diaspora enregistré par jordi Savall et Montserrat Figuerras L'album n'apporte rien à l'univers de l'artiste, comme si tout avait déjà été dit et qu'il ne restait plus qu'à tourner en rond.

Si l'on doit reconnaître malgré tout une qualité à cet album, c'est la faculté qu'a l'artiste d'imprimer à ses musiques un rythme qui donne irrésistiblement envie de bouger les jambes tout en maintenant une coloration sonore propre à la rêverie. C'est particuliérement sensible pour des morceaux tels que « the gates of Istanbul », « Caravanserai » ou « Kecharitomene ». En résumé, si vous êtes un fan inconditionnel de Lorrena McKennit, vous pouvez acheter cet album qui se situe dans l'absolue continuité des précédents avec, à mon avis, un peu moins d'âme (mais vous n'aurez sans doute pas attendu mon avis pour le faire), sinon je vous conseille plutôt the visit ou the book of secrets, bien plus chargés d'émotion et d'intensité que celui-ci.

Le site de Loreena McKennit : Quinlanroad .

Par Petrus - Publié dans : musique et chanson
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Mercredi 22 novembre 2006 3 22 /11 /Nov /2006 16:36

Je ne suis pas, habituellement, un grand amateur de rap. Ma discothèque comprend en tout et pour tout un album de MC Solaar et un autre d'IAM qui tous les deux datent du siècle dernier. Mais je devrais dire « comportait », car j'ai fait l'acquisition il n'y a pas très longtemps de l'album d'Abd al Malik, Gibraltar.

Avant qu'il ne sorte cet album, Abd al Malik était pour moi un inconnu. Pourtant, il avait déjà sorti un album en solo et avait fait partie du collectif NAP. Mais avec Gibraltar, on peut dire qu'il surplombe de très haut l'ensemble du rap français et même de la scène française en général.

Nouvelle coqueluche des médias, il correspond à cet archétype du gentil rappeur au discours intelligent que l'on oppose dans un souci dialectique un peu caricatural au méchant casseur de banlieue qui ne rêve que d'en découdre avec la police. Cette image positive est d'autant plus forte, qu'Abd al Malik, si l'on en croit sa biographie, n'a pas toujours été un gentil garçon. Délinquant et partisan d'un islam intégriste, il s'en est sorti grâce à des études de lettres et de philosophie et surtout grâce à sa conversion au soufisme marocain, prônant un islam généreux et tolérant, ouvert sur l'autre et sa différence. C'est cette conversion qu'évoque le premier titre, éponyme, de l'album.

 Ce discours de tolérance et d'amour du prochain pourrait peut-être paraître un peu naïf, voire cucul la praline, si cet album n'était d'une maîtrise formelle absolue. Première caractéristique, la diction et le phrasé du chanteur qui donnent une impression de sérénité et de paix spirituelle inspirant le respect. Alors que la plupart des autres rappeurs se servent des mots comme autant de pavés jetés à la face de leurs auditeurs, Abd al Malik, lui, pose ses mots un à un comme on construirait un pont pour aller vers l'autre. Aucune trace de violence, de haine ou de ressentiment, ni dans les intonations, ni dans les textes. Et si les textes sont admirablement bien écrits, si les orchestrations sont puissantes et évocatrices, si la voix dénote une maîtrise absolue c'est que l'artiste est en adéquation parfaite avec son discours. La paix et la sérénité qu'il prône ne sont pas simplement des mots, ils s'incarnent physiquement à travers ces quinze morceaux qui sont autant de chefs d'oeuvre. Dans un morceau qui porte le nom d'un auteur antisémite, Abd al Malik définit par antiphrase ce qui constituerait en quelque sorte son art poétique. L'artiste n'a pas le droit de s'approprier le langage de la rue si c'est pour délivrer un message de haine. Les textes d'Abd al Malik penchent plus vers l'introspection que vers la dénonciation, comme dans cette hallucinante réécriture de « ces gens-là » de Jacques Brel, intitulée « les autres » où l'énonciateur, double de l'artiste décliné au passé, répète comme une litanie « c'est pas moi, c'est les autres ». Se mettre à la place des autres, c'est précisément le sujet du morceau Saigne qui sur le thème ressassé de la bavure policière adopte trois points de vue différents, dont celui du policier, essayant de comprendre, sans pour autant excuser. Ou encore dans Il se rêve debout, point de vue subjectif d'un tétraplégique qui ferait pleurer même un coeur de pierre. Faire la paix avec soi-même et avec les autres, c'est cette aspiration qui guide l'ensemble de l'album. Utopique, peut-être, et pourtant inifiniment nécessaire à l'heure actuelle où certains prennent plaisir et intérêt à aviver les tensions entre communautés et individus.

Abd al Malik a gagné récemment le prix Constantin. L'année dernière, la lauréate s'appellait Camille. Ça lui avait plutôt porté chance. Qu'il puisse en être pareil pour Abd al Malik. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.


Par Petrus - Publié dans : musique et chanson
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Mercredi 15 novembre 2006 3 15 /11 /Nov /2006 10:05

Voilà un cd qui ravira aussi bien les amateurs de musique traditionnelle que les lecteurs de George Sand (et lorsqu'on est les deux à la fois, comme c'est mon cas, le plaisir est complet). À bien des égards en effet, ce cd peut s'écouter comme la bande son des romans de celle que l'on surnommait « la bonne dame de Nohant ». On y retrouve le « briolage » ou chant des labours, évoqué au début de la Mare au diable ainsi que le fameux « chant des livrées » qui apparaît dans les appendices du même roman et que le groupe folk Malicorne avait interprété en son temps sur leur premier album. Toutes les musiques et les chansons présentes sur cet album sont issues d'un ensemble appelé « manuscrits de Gargilesse », recueils de mélodies populaires transcrites de la main de la petite fille et de la belle fille de George Sand, et probablement de celles, plus prestigieuses, de Pauline Viardot et de Frédéric Chopin ainsi que de George Sand elle-même. Preuve de l'intérêt que suscitaient ces airs populaires chez de grands musiciens, on trouve également sur cet album, une suite de bourrées composées par Chopin à la manière berrichonne et interprétées ici avec des instruments traditionnels.

Mais au-delà du témoignage ou de la curiosité, il faut préciser que Nohant est avant tout un album qui s'écoute avec plaisir. La prédominance de la musique bretonne et des polyphonies corses plus ou moins arrangées pour le grand public aurait tendance à faire oublier que la musique traditionnelle existe aussi dans d'autres régions françaises. Ce disque est là pour nous rappeler que la musique berrichonne, mâtinée de sonorités bourbonnaises, n' a rien à envier à la musique des bagadous de Kemper ou d'ailleurs. Menés entre autres par Gilles Chabenat qui a grandement contribué ces dernières années à l'essor et à la promotion de la vielle à roue, les chanteurs et les musiciens interprètent une musique rustique et puissante dont les dissonances et la monotonie, loin d'être un défaut, constituent au contraire un ressort indéniable du charme qu'il y a à écouter ces mélodies issues du plus profond passé du centre de la France.

L'album, diffusé de manière relativement confidentielle, peut être commandé sur le site du groupe : http://plaix.free.fr/


Par Petrus - Publié dans : musique et chanson
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