Laissez moi vous parler d'une chanteuse que
certains d'entre vous ont peut-être aperçue sur Arte qui lui a visiblement consacré un sujet. Il s'agit de Johanna Zeul, chanteuse pop-rock allemande qui n'est visiblement pas encore diffusée de
ce côté-ci du Rhin et c'est bien dommage. C'est bien dommage, car contrairement aux grosses machines teutonnes plus ou moins fabriquées que sont Tokio hôtel ou Lafee, il s'agit là d'une chanteuse
artisanale et authentique.
On doit le reconnaître : tant de fraîcheur dans une langue où les brumes wagnériennes sont habituellement de mise fait un bien fou et démontre avec brio que l'allemand peut se révéler une langue légère et aérienne. La pochette de l'album donne le ton : il y a un côté bande dessinée et cartoon dans la musique et le chant de Johanna Zeul. Sa façon de faire sonner les mots et son utilisation des onomatopées pourrait faire penser aux recherches musicales de ses illustres consoeurs Björk et Camille. Et de fait, il y a chez elle un côté lutin mutin qui ferait d'elle une Björk qui ne se prendrait pas (encore ?) au sérieux. Je ne l'ai malheureusement pas vue en concert (et il y a peu de chances pour que je la voie, puisqu'elle semble pour l'instant se cantonner à la scène allemande), mais il semblerait bien que la demoiselle soit une bête de scène et il y a effectivement un côté animal chez elle, moins le « raubtier » (prédateur) qu'elle déplore ne plus être, qu'un chat qui peut se révéler tour à tour caressant, tout fou et sautant partout ou tout simplement boudeur. Ce qui touche dans cette musique et dans ces textes, c'est l'apparente spontanéité, l'absence de calcul, et l'énergie qui se dégage de l'ensemble. Johanna Zeul est une fille prête à tomber amoureuse d'un inconnu parce qu'il lui sourit comme dans « hey Fremder », dans « nur bei dir » elle s'imagine que son prince va l'emporter sur son cheval comme dans un conte, ou alors, dans « ich will was neues », elle s'enthousiasme pour un nouveau portable même si cela doit mettre son compte en banque à sec. Parfois cependant, la tonalité est plus sombre : dans « schlaf ohne traum », la belle n'arrive pas à dormir car son ami l'a quittée et elle se demande si elle restera seule à jamais, dans « hund », elle supplie au contraire son amoureux de la chasser pour qu'elle puisse enfin se retrouver elle-même.
« Du wirst mich nicht vergessen » chante-t-elle dans une de ses chansons, c'est sûr, si elle continue à nous enchanter avec ses mélodies pleines d'énergie et de spontanéité, on ne l'oubliera pas...
Pour un aperçu du talent de la demoiselle, on consultera son site (encore en construction) ou sa page myspace.
Il y a dix-huit ans IAM sortaient leur première démo. Dix-huit ans, l'âge de la majorité... Cela ne nous rajeunit pas. Pourtant, ce cinquième album nous apprend qu'il faut toujours compter avec les papys du rap et que la place est toujours occupée. En dix-huit ans les doyens du rap français ont acquis une maîtrise formelle incontestable, autant au point de vue musical qu'en ce qui concerne les paroles. La maîtrise vocale est également impressionnante, les voix ayant un véritable rôle dans l'agencement sonore de chacun des dix-sept morceaux de cet album (le style sec et efficace de "ça vient de la rue" est à cet égard exemplaire). Les thèmes sont un peu attendus : réglements de compte avec les représentants du « rap de droite » sur le mode de la prétérition (« WW », « rap de droite », « Sur les remparts », « coupe le cake »), revendications sociales concernant la place des minorités ethniques dans la société (« offishall », « rien de personnel »,et la reprise d'un célèbre slogan de Benetton appliqué au drapeau français, « united »), analyse ou chronique sociale (« to the world », « il en faut peu », « Au quartier »). Néanmoins l'album s'écoute avec un plaisir renouvelé, comme l'aboutissement d'un art qui n'en est plus à son coup d'essai. Mes deux coups de coeur sont une chanson teintée d'une douce mélancolie, « Nos heures de gloire », et « si tu m'aimais », qui sur le mode d'une chanson d'amour nous parle avec une réelle émotion de l'immigration désirée (plutôt que choisie). En bref, cette saison cinq nous confirme dans l'idée que le rap, au même titre que le rock dans les années 60 et 70, est l'expression musicale majeure de ce début de millénaire.
Cela faisait dix ans que Loreena Mc Kennit n'avait pas sorti d'albums studio. Dix ans que nous attendions cet événement avec angoisse et impatience. La muse canadienne avait-elle définitivement renoncé à sa carrière musicale ? Aussi est-ce avec la plus grande impatience et la plus grande fébrilité que nous apprîmes la sortie de an ancient muse, son nouveau Cd. Enfin elle nous était revenue! Son long silence, probablement, était le fruit d'une intense méditation qui l'avait amenée lors de nombreux voyages initiatiques à capturer l'essence même de la musique. Probablement était-elle parvenue au seuil de l'illumination, à recomposer cette mystérieuse musique des sphères dont nous parlaient les Anciens...
Nouvelle coqueluche des médias, il correspond à cet archétype du gentil rappeur au discours intelligent que l'on oppose dans un souci dialectique un peu caricatural au méchant casseur de banlieue qui ne rêve que d'en découdre avec la police. Cette image positive est d'autant plus forte, qu'Abd al Malik, si l'on en croit sa biographie, n'a pas toujours été un gentil garçon. Délinquant et partisan d'un islam intégriste, il s'en est sorti grâce à des études de lettres et de philosophie et surtout grâce à sa conversion au soufisme marocain, prônant un islam généreux et tolérant, ouvert sur l'autre et sa différence. C'est cette conversion qu'évoque le premier titre, éponyme, de l'album.
Voilà un cd qui ravira aussi bien les amateurs de musique traditionnelle que les lecteurs de George Sand (et lorsqu'on est les deux à la fois, comme c'est mon cas, le plaisir est complet). À bien des égards en effet, ce cd peut s'écouter comme la bande son des romans de celle que l'on surnommait « la bonne dame de Nohant ». On y retrouve le « briolage » ou chant des labours, évoqué au début de