Mercredi 30 janvier 2008 3 30 /01 /Jan /2008 14:39

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Vous vous réveillez dans une chambre d'hôpital psychiatrique. En vous aventurant dans les couloirs, vous allez rencontrer de mystérieux interlocuteurs qui vous apprendront que vous êtes l'élue. Buffy, la super héroïne télévisée qui tue les vampires et sauve régulièrement le monde de l'apocalypse, n'est plus. Vous êtes là pour la remplacer, mais vous semblez l'ignorer. Il vous faudra pourtant affronter Miss Mildred ainsi que Stéphane Blandichon et la mystérieuse secte des néantisateurs qui cherchent à invoquer Zarathustra en vous saignant comme un cochon. Dans votre quête, vous obtiendrez le soutien de RG, W, X, A, Emmy, Cordélia ou Spike. Vous trouverez différents objets qui pourront vous aider. Le sort du monde dépend de vos actions. Ou pas, c'est selon. De toute façon tout cela est une fiction.

 

Le lecteur ayant vécu son enfance ou sa jeunesse durant les années 1980 aura reconnu dans ce préambule la façon singulière qu'avait de s'adresser à lui ce que l'on appelle un livre jeu et que la collection folio junior a popularisé sous le terme de « livre dont vous êtes le héros ». Du livre-jeu à la littérature expérimentale, il n'y a qu'un pas. Gildas Sagot en 1986 déjà, dans un livre consacré au jeu de rôle, faisait d'un conte à votre façon de Raymond Queneau l'ancêtre de ce genre littéraire bien particulier. En reprenant à son compte le système inventé par Steve Jackson et Ian Livingstone, Chloé Delaume se livre à la fois à un pastiche et une fanfiction. Le télespectateur familier de Buffy retrouvera les principaux personnages de la série accompagnés d'une nouvelle venue qui n'est autre que le double fictif de l'auteur. Ce livre s'adresse donc à une catégorie segmentée puisque pour en goûter tout le charme, il faut avoir été un lecteur assidu de livres jeux, avoir vu la totalité ou la majeure partie des épisodes de Buffy et être en outre intéressé par les analyses littéraires et sociologiques. Il se trouve que je rentre à merveille dans cette catégorie de happy few. Mais je ne me fais pas d'illusion, les élus tels que moi ne doivent pas être légion. Par conséquent, le public que je serai susceptible de toucher en écrivant cette critique risque d'être fort restreint. Peu importe, nous sommes entre nous et n'en serons que plus à l'aise pour parler de ce livre qui semble avoir été écrit pour nous seuls.

 

Le pastiche est réussi. J'ai retrouvé les sensations du jeune lecteur que j'étais, fasciné par ces objets Buffy-en-pyjama-bleu.jpg étranges qui faisaient participer le lecteur à la construction du récit. Les règles sont d'une simplicité extrême et les combats sont relativement faciles à gagner d'autant plus que vos points augmentent au fur et à mesure de votre avancée dans l'histoire. Les chances de mourir avant la conclusion sont minimes. L'aspect retenu par Chloé Delaume de la série Buffy est particulièrement sombre : dès le commencement, le lecteur reconnaîtra une allusion directe à un épisode de la saison six, normal again (traduit assez bizarrement en français par à la dérive). Dans cet épisode, Buffy, blessée par un démon, se réveille dans une chambre d'hôpital où un psychiatre lui apprend que tout l'univers qui gravite autour d'elle, son statut d'élue devant sauver le monde, ses amis, sa soeur, tout cela n'est que le produit de son imagination, une sorte de délire psychotique qui l'empêche d'accéder à la réalité. Dans cet effet assez troublant de fantastique inversé, le téléspectateur se prend à douter de la réalité – fût-elle fictionnelle – de l'univers de l'héroïne. Buffy ne serait qu'une représentante anonyme de ce que Chloé Delaume appelle « le peuple des pyjamas bleus ». Et c'est en représentante de ce même « peuple » que le lecteur entreprend sa quête. Pour ce qui est du message profond véhiculé par cette oeuvre, j'ai du mal à le saisir : serait-ce que la littérature contemporaine repose sur le néant ? Cela fait le deuxième livre de Chloé Delaume que je lis, et j'en retire comme la fois précédente la désagréable impression d'avoir acheté une boîte de puzzle dont il manquerait des pièces.

Par Petrus - Publié dans : littérature
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Commentaires

Dans le même style, lire absolument l'oeuvre de Leila Marouane.
Pour le scoop, elle publie sous son nom de naissance, Leyla Z. Mechentel, Le Papier, l'encre et la braise. Un récit dialogué, excellent, parution en avril 2009. En attendant régalez-vous en lisant Le châtiment des hypocrites, La jeune fille et la mère, La vie sexuelle d'islamiste à Paris.
Commentaire n°1 posté par Linet le 06/02/2009 à 07h05

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